Reconversion professionnelle : faut-il vraiment tout changer ?
« Je veux changer de métier. Je n’en peux plus. »
Cette phrase, ou une phrase qui lui ressemble, je l’entends régulièrement lors des premiers échanges avec des personnes qui envisagent une reconversion professionnelle.
Dans cette situation, ma première réaction n’est pas de leur répondre qu’elles ont raison. Ce n’est pas non plus de leur expliquer qu’elles se trompent.
La première chose à faire, c’est de les écouter.
Car derrière une envie de tout changer peuvent se cacher des réalités très différentes. Parfois, c’est effectivement le métier qui ne convient plus. Mais, dans d’autres situations, le problème vient surtout de l’environnement professionnel, de l’organisation du travail, des conditions d’exercice ou d’un décalage devenu trop important entre le travail et les besoins actuels de la personne.
Avant de tout quitter, il est donc essentiel de comprendre ce qui a réellement besoin de changer.
Parfois, le métier ne convient réellement plus
Il arrive qu’une personne exerce un métier qui ne lui correspond plus, voire qui ne lui a jamais véritablement convenu.
Elle s’est peut-être engagée dans cette voie parce qu’une occasion s’est présentée, parce qu’il fallait travailler ou parce que les choix se sont enchaînés sans qu’elle ait réellement pris le temps de les interroger.
Puis les années ont passé.
Dans certaines situations, la santé entre également en jeu. Le métier peut ne plus être compatible avec les capacités de la personne, ou son exercice peut être devenu trop coûteux physiquement ou psychologiquement.
Une reconversion professionnelle importante peut alors devoir être envisagée assez rapidement.
Mais toutes les envies de changement ne relèvent pas d’une incompatibilité avec le métier lui-même.
Ce qui est devenu insupportable n’est pas toujours le métier
L’organisation, le management, l’ambiance, les horaires, les trajets, de nouvelles règles, le manque d’autonomie ou une pression devenue permanente peuvent progressivement rendre le travail très difficile à supporter.
La personne elle-même peut également avoir évolué.
Ses priorités ne sont peut-être plus les mêmes. Sa vie personnelle a pu changer. Elle n’a plus forcément envie de consacrer autant de temps ou d’énergie à certaines contraintes.
Elle peut aussi ressentir le besoin de donner davantage de place à une partie d’elle-même qui, jusque-là, n’a pas vraiment pu s’exprimer dans son parcours professionnel.
Lorsque la fatigue, le stress ou le ras-le-bol sont installés depuis longtemps, tout finit parfois par se mélanger :
- le métier ;
- l’entreprise ;
- les collègues ;
- le rythme ;
- les contraintes ;
- les émotions ;
- la vie personnelle.
On ne sait alors plus très bien ce qui pose réellement problème. On sait simplement que l’on ne veut plus continuer comme cela.
C’est parfaitement humain. Mais c’est aussi dans ces moments-là qu’une décision prise trop rapidement peut conduire à quitter beaucoup plus de choses que nécessaire.
Qu’est-ce qui vous plaît encore dans votre travail ?
Au début d’un bilan de compétences, je pose souvent cette question :
Qu’est-ce qui vous plaît encore dans votre travail ?
Elle paraît simple. Pourtant, il est parfois très difficile d’y répondre.
Certaines personnes identifient rapidement ce qu’elles apprécient encore :
- le contact avec les clients ;
- le fait de résoudre des problèmes ;
- la dimension technique ;
- l’autonomie ;
- le travail en équipe ;
- la transmission ;
- la possibilité d’apporter une réponse adaptée.
D’autres personnes ne savent plus.
Cela ne signifie pas automatiquement qu’elles doivent changer de métier. Cela peut simplement vouloir dire que leur situation professionnelle est devenue tellement lourde qu’elles ne parviennent plus, à cet instant, à distinguer ce qui relève du métier de ce qui relève de leur contexte de travail.
Prendre du recul permet justement de remettre chaque chose à sa place.
Il s’agit notamment de se demander :
- Qu’est-ce qui me plaît encore ?
- Qu’est-ce qui ne me convient plus ?
- Depuis quand est-ce le cas ?
- Est-ce que cela a toujours été ainsi ?
- Qu’est-ce qui a changé dans mon travail ?
- Qu’est-ce qui a changé dans mon environnement ou dans ma vie ?
- Qu’est-ce que j’ai réellement envie de quitter ?
Quand le problème se situe autour du travail
Je pense à une personne que j’ai accompagnée et dont le quotidien était devenu une course permanente.
Les trajets, les embouteillages, la peur d’arriver en retard le matin, puis celle de ne pas être à l’heure pour récupérer les enfants le soir avaient progressivement pris toute la place.
Elle était fatiguée, stressée et son travail avait fini par perdre tout son sens.
En examinant sa situation plus précisément, nous avons constaté que ce n’était pas réellement le contenu de son travail qui posait problème. C’était tout ce que son organisation professionnelle lui coûtait autour.
La possibilité de travailler davantage à distance a profondément modifié son quotidien :
- moins de trajets ;
- davantage de sommeil ;
- moins de stress ;
- une organisation familiale plus simple.
Progressivement, elle a pu retrouver ce qui lui plaisait réellement dans son travail.
Dans cette situation, il n’était pas nécessaire de changer de métier. Il fallait surtout changer les conditions dans lesquelles il était exercé.
Quand le poste ne permet plus de bien exercer son métier
Pour une autre personne, le ras-le-bol semblait concerner le métier dans son ensemble.
Elle avait pourtant réussi professionnellement. Elle était expérimentée, compétente et reconnue dans son domaine.
Mais son poste, son mode de fonctionnement et l’organisation de son entreprise ne lui convenaient plus du tout.
Le manque d’autonomie, les circuits de décision, le management et les difficultés de communication avaient fini par prendre toute la place.
Le bilan de compétences lui a permis de prendre du recul, de mieux comprendre ses besoins et de formuler des propositions concrètes.
Son métier n’a pas changé. Son entreprise non plus.
En revanche, certaines missions ont été réorganisées, sa fiche de poste a évolué et elle a retrouvé davantage d’autonomie.
Là encore, le besoin de changement était réel. Mais il ne nécessitait pas une reconversion complète.
« Le commerce, plus jamais ! »
Je pense également à plusieurs personnes qui ne supportaient plus la pression commerciale, les objectifs permanents ou l’obligation de vendre à tout prix.
Certaines étaient persuadées de ne plus jamais vouloir travailler dans le domaine commercial.
Pourtant, en reprenant leur parcours, elles ont constaté qu’elles appréciaient encore :
- la relation avec les clients ;
- la compréhension de leurs besoins ;
- la construction d’une relation dans le temps ;
- la recherche d’une réponse sur mesure.
Ce qui ne leur convenait plus n’était donc pas toute la dimension commerciale de leur métier.
C’étaient plutôt les nouvelles règles du jeu, la pression ou une manière d’exercer qui ne laissait plus suffisamment de place à ce qui leur donnait réellement du sens.
Selon les situations, les réponses peuvent être très différentes :
- davantage de télétravail ;
- une réorganisation du poste ;
- un autre environnement professionnel ;
- une autre manière d’exercer ;
- ou, parfois, une reconversion plus profonde.
Une même phrase — « Je veux me reconvertir » — peut donc recouvrir des réalités très différentes.
Être compétent ne signifie pas forcément être à sa place
Certaines personnes ont un parcours professionnel qui paraît presque exemplaire.
Elles ont progressé, développé de nombreuses compétences, relevé les défis et appris à s’adapter. Pourtant, quelque chose ne va plus.
Il arrive qu’elles exercent depuis des années en utilisant principalement les capacités nécessaires pour répondre aux attentes de leur environnement, tout en laissant très peu de place à leur manière naturelle de fonctionner.
Une personne peut parfaitement être capable de suivre des procédures très strictes alors qu’elle éprouve un besoin profond de créer, d’expérimenter ou de prendre des initiatives.
Elle peut avoir appris à travailler dans un environnement extrêmement relationnel alors qu’elle a besoin de davantage de calme et de concentration.
Elle peut être très compétente dans un poste fortement cadré alors que l’autonomie est essentielle à son équilibre.
Elle n’est pas nécessairement en difficulté. Elle a même parfois développé une remarquable capacité d’adaptation.
Mais, sur la durée, cet écart peut devenir très coûteux.
Une partie de ses aptitudes, de ses besoins ou de sa manière naturelle de fonctionner reste constamment mise de côté.
Dans ce type de situation, une reconversion importante peut constituer une piste sérieuse. Pas une conclusion automatique, mais une possibilité qu’il serait dommage d’écarter sans l’explorer.
La réponse peut être un autre métier. Mais elle peut également se trouver dans une autre façon d’exercer, un environnement différent, une activité indépendante, une nouvelle organisation ou un meilleur équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle.
Savoir ce que l’on ne veut plus ne suffit pas toujours
Je pose également une autre question importante :
Avez-vous déjà une piste, ou même une idée encore vague, de ce vers quoi vous aimeriez aller ?
Beaucoup de personnes ne savent pas encore répondre.
En revanche, elles savent parfois très bien ce qu’elles ne veulent plus, ou pensent l’avoir identifié.
C’est une information importante. Mais ce n’est pas encore un projet.
Une reconversion, qu’elle soit partielle ou complète, demande du temps et de l’énergie. Elle peut nécessiter une formation, une baisse temporaire des revenus ou une réorganisation importante de la vie personnelle.
Elle a donc besoin d’être portée par une véritable motivation.
Il n’est pas nécessaire d’avoir trouvé une vocation absolue ou le fameux « métier passion ». Mais il faut au moins une direction suffisamment claire et désirable pour avoir envie de construire un nouveau projet.
Quitter une situation devenue insupportable peut donner l’élan nécessaire pour partir.
Cela ne suffit pas toujours à savoir vers quoi aller.
Alors, faut-il vraiment tout changer ?
La réponse dépend de chaque situation.
Parfois, oui, une reconversion radicale est la bonne réponse.
Mais il est également possible que ce soit autre chose qui ait besoin de bouger :
- l’environnement professionnel ;
- l’organisation ;
- les conditions de travail ;
- la manière d’exercer certaines missions ;
- le niveau d’autonomie ;
- l’équilibre avec la vie personnelle.
Lorsque tout paraît mélangé, que vous ne savez plus très bien ce que vous voulez quitter ni vers quoi vous souhaitez aller, il peut être préférable de ne pas prendre une décision trop rapidement.
Prenez le temps de poser les choses.
Essayez de distinguer ce qui relève du métier, du contexte professionnel, de vos contraintes actuelles et de vos propres évolutions.
Regardez ce que vous ne voulez plus, bien sûr, mais aussi ce que vous avez peut-être encore envie de conserver.
L’enjeu n’est pas de tout changer à tout prix.
Il est de comprendre ce qui a réellement besoin de changer pour vous apporter davantage de satisfaction dans votre vie professionnelle.
Il existe mille et une façons de faire bouger sa vie professionnelle. Et, parfois, il est plus facile d’y voir clair lorsque l’on est accompagné.